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02-22-17

J’ai rencontré le premier cyborg humain… Par Pascale FOREST-BECHE, directrice des opérations chez GENESIS

 

Le 13 Juin 2017, la conférence d’ouverture du SAS FORUM auquel je participais (réunion annuelle permettant de présenter toutes les nouveautés de l’éditeur SAS) a débuté par l’intervention de Neil Harbisson, le premier Cyborg (humain « amélioré » par la technologie) : une rencontre stupéfiante et un bond dans le futur!

C’est le premier humain à réalité ­cérébrale augmentée. Comme il ne distinguait aucune couleur – suite à un daltonisme aggravé – il a décidé de les faire traduire en sons. Ce Britannique d’une trentaine d’années a fait de son handicap un vecteur de progrès scientifique. Son antenne – ou « eyeborg » – intégrée dans sa boîte crânienne, capte les couleurs et les transforme en ondes sonores.

Une véritable révolution éthique et technologique.

Comment fonctionne l’eyeborg ?

  1. Un capteur enregistre les couleurs selon les ondes qu’elles émettent. cyborg-2
  2. Il les traduit en notes de musique.
  3. Neil en tire une couleur.

Le dispositif est composé d’un capteur, suspendu au niveau de son front, relié par une ­antenne à une puce électronique, intégrée à l’intérieur de son crâne.

L’eyeborg a été créé en 2004. Dans un premier temps, il était plaqué à l’arrière de sa tête par un dispositif externe ; puis ce dernier a été miniaturisé. Neil s’est alors fait opérer en 2014 pour intégrer l’eyeborg à l’intérieur de sa boite crânienne.

Les couleurs détectées par le capteur sont transformées en ondes sonores, qui sont ensuite communiquées par conduction osseuse à l’oreille interne. Il peut maintenant entendre 360 teintes, auxquelles s’ajoutent les ultraviolets et les infrarouges, invisibles à l’œil nu par les autres humains. Il perçoit aussi la saturation par des variations de volume.

Pour lui, une orange sonne “fa dièse”, un citron “sol”, des yeux turquoise “si”….

De plus, le dispositif est équipé d’une connexion Internet en Wi-Fi « ostéo-intégrée ». Ainsi, Neil expérimente la visualisation directe – dans son cerveau – d’images envoyées par Internet, grâce à un nouveau logiciel développé récemment. Il peut écouter un match de foot ou recevoir des appels sans l’intermédiaire d’une radio ni d’un téléphone. Si une de ses amies lui envoie la vidéo d’un coucher de soleil avec son portable, il peut entendre directement le son du paysage qu’elle a sous les yeux. L’avantage, c’est que la transmission du son par conduction osseuse ne bloque pas les oreilles – rien ne l’empêche d’écouter le coucher de soleil en même temps qu’il parle avec un interlocuteur.

Le cyborgisme et la fondation Cyborg

Neil Harbisson définit le cyborgisme comme un mouvement artistique : pour lui, marier la technologie avec le corps humain constitue de l’art à part entière. Les artistes peuvent concevoir et étendre leurs propres sens et s’exprimer en fonction de ces améliorations. Créée il y a quelques années, la Fondation Cyborg agit pour la défense des droits de ces hommes « améliorés » par la technologie, groupe actuellement minoritaire. Il ne s’agit pas de créer de nouvelles lois pour cyborgs mais plutôt de veiller à ce qu’ils ne soient pas victimes de discrimination. En effet, l’idée d’une technologie faisant partie intégrante du corps humain peut être mal perçue par le commun des mortels. Favoriser la recherche et mettre en place des groupes de travail – entre universités et volontaires souhaitant étendre un sens particulier – représentent les objectifs principaux de la fondation, avec la promotion du cyborgisme.

Et le futur ?

Les mœurs évoluent…

Les évolutions technologiques, scientifiques et sociétales ont toujours suscité le débat. Alors que dans les années 1940, les premières opérations pour changer de sexe étaient expérimentales et sources de vives réactions, elles entrent aujourd’hui peu à peu dans les mœurs. Il y a 20 ans, le progrès et l’utilisation constante de la technologie posaient des questionnements. Nous sommes à présent dans l’ère du digital, des générations naissent avec le numérique et la technologie à portée de main. Elle fait maintenant partie de notre quotidien. La prochaine étape ? Les gens s’habitueront bientôt à porter la technologie : lunettes électroniques, montres ou encore vêtements « intelligents ». L’avenir se veut plus que jamais technologique !

Autre constat : les humains valorisent très peu les capacités de leur cerveau. Pourtant, nous sommes tous prêts à accueillir de nouveaux sens, de nouvelles perceptions afin de mieux appréhender la réalité. Dans le futur, les êtres humains pourraient intégrer certaines aptitudes qu’ont des animaux ou insectes. Ils percevraient différemment le monde qui les entoure, comprendraient mieux la nature ainsi que le fonctionnement de leur propre corps et de leur cerveau.

Et si Neil Harbisson était juste un peu en avance sur son temps ?

source : images parues dans Paris Match, le 25/02/14 

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